
La petite plume oeuvre jusqu'au matin.
Oh, n'être dans l'éther
Que l'éclair éphémère
Qui aussitôt s'éteint,
Et sans laisser de traces
A travers temps passer,
Figé dans la douleur et par un mal étreint ?
Refermer le cratère,
Au volcan des ardeurs,
Sentir les éruptions
Exploser ses entrailles,
Mais se mettre à l'abri
De toute condamnation
Concernant les ravages de sa lave en fusion ?
La petite plume oeuvre jusqu'au matin,
Noircissant, laborieuse,
Tous les feuillets du monde.
Et n'être dans le livre
Que cette page blanche,
Où le seul mot qui sonne est le glas du silence,
Garder muets les autres
Si au bout de l'écrit
La seule encre qui coule est rouge de son sang ?
Et ne jamais dénouer ses lacets intérieurs,
Succombant à la peur
Qu'en poussière ne tombent
De trop vieilles images,
Pour les vautours faciles
A disperser de l'aile ?
La petite plume oeuvre jusqu'au matin,
Et rien
Ne s'éparpille au vent.
Et mettre son trésor, scellé, dans un cercueil,
Puis le jeter au fond d'un océan de larmes,
Fait de l'eau et du sel que l'on n'a pas pleurés
Et qui de jour en jour a innondé son âme,
Pour le garder jaloux, perdu, à jamais sien,
Sans que nul ne puisse estimer ces joyaux,
Les laisser, les aimer, ou leur faire un écrin ?
La petite plume oeuvre jusqu'au matin,
Noircissant, laborieuse,
Tous les feuillets du monde.
Et n'être dans le livre
Que cette page blanche,
Où le seul mot qui sonne est le glas de l'absence,
Absence de ces yeux qui pourraient s'y poser
Et comprendre le sens de tout ce qui se tait ?
Oh, bâtir de son coeur comme une forteresse
Dont les murs insondables
Protègent ses secrets,
Château fort inviolable
Dans lequel se terrer ?
La petite plume oeuvre jusqu'au matin,
Et rien
Ne s'éparpille au vent.